Gab
Les Amants
Marguerite Duras
Les eaux s’écoulent du fleuve
Eaux boueuses charriant d’infinies senteurs d’Orient
D’amants par milliers, recueillis orphelins
Qu’on a nourris, pressés et jetés
Eternité d’un chant indien
Dans les rues de Gia Dinh
Du ravissement
Loin de Savannah Bay
La musique envahit l’espace
D’un été qui n’en finit pas
C’est l’heure où l’on s’enlace
Les couples se forment
D’autres se défont
Sur la piste dansent langoureusement les amants
Pantins évanescents
Dans le froissement des robes, chemisiers ouverts
Et pantalons
Trop longs
Elle se tient là
Immobile
Les yeux fermés
Sans horizon
Ses épaules dénudées
Je ne sais pas
Comme un murmure
Son cœur susurre
De cet abandon
Flétans d'outre-temps
Se pressent autour d'elle
Se voulant amants
Débitant leurs trémolos
Tout sourire
Phrases tournantes, pleines de mots
Prêts à enchérir
De fadaises, en terres conquises
Se rêvant déjà dans les frottements de chair
Succions, déglutis, vagissements
De ce jeu du bathysphère
Que je repousse d'une main
Dans les eaux profondes, ces alevins
Je m'avance
Hésitant, pâle
Prudence
En en ces lieux
Présence
D'une vestale
Un délice
Au visage radieux
De pourpre rose santal
Ses yeux voilés
Lèvres dessinées
En son miroir
Enchantent
Nos mémoires
D'une femme envoutante
Au long souvenir
Qui en d'autres temps
Ravit mon âme
23 Octobre 2011 ©