Gab
Parti tôt le matin dans un car, j'arrivais à la gare routière d'Estella. Après avoir pris un bon café
bien chaud, je traînais dans les rues adjacentes à la recherche d'un hôtel.
Je rencontrai un homme que j'avais croisé sur le chemin. Je lui racontai mon histoire, mon problème avec les pieds. Il me dit qu'il avait déjà fait le chemin en 93 sans problème, mais que cette
année il avait mal aussi aux pieds. Il va poursuivre un peu en bus, puis il reprendra el Camino quand il ira mieux.
Il m'indique un hôtel où il a vu des pèlerins. Nous nous serrons les mains avec un peu d'émotion. Nous savons que nous ne nous reverrons plus jamais, mais nous savons aussi que nous n'oublierons
jamais ce moment d'échange et de soutien dans nos petits malheurs respectifs..
Je prends une chambre à la pension de San Andres, j'y laisse mon sac à dos dans une petite chambre miteuse, puis je sors.
Je m'installe dans un café de la grande place d'Estella pour noter les évènements de la veille sur mon cahier de voyage. Je commande aussi deux petits sandwiches.
[quote]J'appelle mon bureau à Paris pour annoncer à mes collègues qui m'avaient beaucoup soutenus pendant la préparation de mon aventure, la fin de ma randonnée. Christelle, une secrétaire
intérimaire décroche le téléphone. Je reconnaissais maintenant facilement sa voix car elle n'avait aucun accent. Je n'ai jamais compris comment elle faisait, mais tous mes collègues avaient leur
propres intonations, des défauts de prononciations repérables... Elle par contre, elle avait une voix lisse, exempte de toute accroche.
Plus tard, Christelle m'avouera, que c'est à ce moment là qu'elle s'est rendue compte qu'elle était entrain de tomber amoureuse de moi. Chaque fois que le téléphone sonnait, elle se
précipitait pour décrocher l'appareil en espérant tomber sur moi.
Moi aussi, j'étais content que ce soit elle. Christelle était très belle, mariée, et je ne pouvais croire qu'un jour nous aurions une histoire ensemble.
Après cet appel, je vois une femme qui se dirige vers moi. Elle était assise avec son fils deux tables plus loin, mais je n'avais pas prêté trop d'attention. Elle me demande si je vais bien. Je
ne la reconnais pas , et je suis un peu gêné.
Cela me vient d'un coup. Oui, c'est la femme de ménage du centre médical. Elle me demande ce que je vais faire, si je vais poursuivre le chemin. Je suis touché par cette attention de la part
d'une inconnue. Je lui dis que j'attends l'appel d'un ami qui est dans la région avec son épouse et sa fille. Après quelques mots amicaux et après m'avoir souhaité un bon rétablissement, elle
quitte le café.
C'est à ce moment que Claude téléphone, il est près d'arriver à Estella. On se donne rendez-vous sur la place.
Une heure plus tard nous sommes attablés devant un bon café. Il m'a présenté à nouveau sa femme et sa fille. Nous bavardons, nous rigolons, le contact est très agréable et se fait très facilement
entre nous.
Ils me proposent de m'emmener en voiture à Compostelle avec eux, mais en deux ou trois jours car Claude veut faire visiter à sa famille les endroits qu'il a aimé en faisant le chemin.
Après quatre jours de marche, je me trouve à devoir poursuivre le chemin de Compostelle en voiture. Je suis étonné de voir tout ce qui a pu se passer en si peu de
jours, et surpris aussi de toutes ces preuves de sympathies, comme si nous étions de par le monde, une même famille.