Mysteries




 

 

 

 

 

 

Je me souviens de ces matins où nous partions aux premières heures à la poursuite de ces mystères qui ne semblaient pas trop se dissimuler sur les chemins.

La première fois, je quittais tôt le refuge de cette ville médiévale des Pyrénées, pour me lancer sur la route de Napoléon. Quelques kilomètres plus loin, un troupeau de bouquetins, se posait en gardien des lieux au milieu du chemin.
 Pour un citadin perdu dans la montagne, seul, étranger aux animaux de fermes ou d’alpages, un frémissement familier me rappelait qu’il pouvait exister un danger à se faire courser par ces porteurs de cornes au regard vif. Heureusement, ils s’écartaient sur mon passage à mon grand soulagement. Nul besoin de combattre ce matin, ou de fuir.

Cette première épreuve franchie, la soif et la fatigue se faisait sentir en atteignant la zone la plus élevée de ses monts arides. Le soleil se manifestait, émergeant de l’horizon pentu d’où je m’étais élancé sur ce chemin de montagne, comme s’il essayait de me rattraper pour me ramener vers le doux âtre que je venais de quitter quelques heures plus tôt.
Et je me disais que j’étais un peu fou de partir ainsi, sac au dos, sans m’être entraîné à la marche, vulnérable comme ces marins d’antan qui s’éloignaient des côtes pour s’aventurer dans une mer inconnue -mes pieds souffrant dans des chaussures neuves et un peu trop serrées.
 
Après avoir longé une petite esplanade en terre battue qui servait de parking, je voyais un petit groupe de personnes s'esclaffant et admirant en contrebas  les vallées et les monts qui s’étendaient à leurs pieds. Ce mirador devait être bien connu des touristes pour la beauté de ses paysages.
Un peu déçu, devant ce groupe de touristes qui piétinaient allègrement mon rêve de solitude et d’aventure, je me dépêchais de m’en éloigner souhaitant me perdre davantage dans ces montagnes que j’espérais habitées uniquement d’elfes et de quelques farfadets aux oreilles pointues.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un ensemble de rocher attirait mon attention sur le côté gauche de la route. C’était des blocs de pierres amoncelés à cet endroit par la main de l’homme. En m’approchant je distinguais certains blocs qui étaient un peu enterrés comme s’ils avaient toujours été là. Une vierge tenant l’enfant Jésus avait été placée sur l’un des rochers.
Je me dirigeais vers la statue de Marie pour la voir de plus près. Quelle idée d’avoir placé une statuette à cet endroit ! Elle ne faisait pas plus de trente centimètres de haut, tout au plus quarante.

C’est à ce moment que j’ai senti une force me déchirer, traverser mon corps, avec une puissance qui me semblait être de la brutalité. Je reculais d’un bond, abasourdi par ce que je venais de ressentir. Je regardais s’il n’y avait personne derrière moi, et je retentais de m’approcher.
La force me traversait à nouveau, et j’explosais en sanglot. Par deux fois j'essayais de m’en approcher lentement, espérant que personne n’observait ce petit manège. Ce feu transperçait tout mon être à chaque reprise. Perdu dans mes larmes, je distinguais comme dans un rêve la silhouette de randonneurs qui s’approchaient du lieu. Gêné d’être vu en pleur, je m’éloignais des rochers et je reprenais mon chemin. Mille questions dans ma tête, plongé dans les grands mystères, je ne pensais plus.

 

 

 

 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés