Roman à deux voix
Les enfants terribles - Cocteau
La Cocréation est le mot d’ordre pour 2009. Créer en harmonie avec nos Anges, avec nos Soi(s) Supérieurs. Créer ensemble, se laisser inspirer, dans l’unité. Avec nos amis élémentaux, avec nos amis devas de la nature, les esprits des animaux. Créer avec nos sœurs et nos frères humains aussi.
Laurence et Gab ont le plaisir de vous annoncer leur désir d’écrire ensemble une histoire.
C'est juste pour le plaisir d’explorer ensemble nos univers respectifs et de s'amuser en cocréant, voire plus
si...
Vous pourrez suivre cette expérience pendant un temps sur ce blog ou sur celui de Laurence : le divin paradoxe de Yaris
le 23 Mai 2009
Chapitre 1
Je ne suis pas comme toi. Je ne suis pas un être monolithique avec une histoire de moi linéaire, commençant à ma naissance, puis se poursuivant sous forme de séquences plus ou moins longues.
Tout ce que j’ai vécu est bien présent en moi. Souvent je me vois comme une ville moyenâgeuse avec son enceinte, ses ruelles, ses quartiers, et ce donjon en plein milieu.
Le donjon c’est ma partie consciente dans l’instant présent. Le « Je » fabuleux qui a une vue d’ensemble sur la cité et même au-delà des murs, vers les pâturages et les bois qui m’entourent.
Parfois quand il fait beau, il arrive même que je voie au loin tes fières murailles, tes fanions Georges Rech, tes sandales Promod, et ton air un peu distraite que tu affiches quand tu ne te sens pas observée.
Longtemps j’ai résisté au désir de te revoir. Je crois que tu m’impressionnais. C’est comme si mes souvenirs faisaient pare-feux.
Laurence, tes yeux noirs, chevaux furieux surgissant de l’océan,
Silhouette effilée sortant d’au-delà les temps immémoriaux,
Je t’ai guetté, mon corps meurtri d’amant blessé.
Je rêve encore de toi en dormant poings serrés.
Une plaine devant moi, aucun ennemi aux relents dictatoriaux,
Ne seraient capable comme toi, de me renvoyer vers le néant.
-Bonjour, te dirais-je, tout en détournant mon regard pour suivre un cycliste essoufflé.
Tu ne me répondrais même pas, surprise de me revoir.
-Tu n’habites plus Agde ?
Tu ferais non de la tête, complètement muette.
Ma valise est posée près de la porte, et j’inspecte une dernière fois mon appartement. Les fenêtres sont bien ouvertes et le gaz allumé. C’est bon, je peux partir tranquille. Je souris à cette idée.
Je dis au-revoir au gardien d’immeuble, et je m’engouffre dans un taxi blanc qui m’attendait.
J’étais assez content de partir quelques jours m’aérer à Venise et rencontrer un écrivain que j’aimais beaucoup pour l’interviewer. J’emmenais quelques uns de ses livres pour me remettre dans l’ambiance. Mon magazine m’avait proposé aussi de faire un article original sur la ville, histoire de rentabiliser mon voyage.
Aussi loin que mon regard puisse se poser et garder son équilibre dans cette fantasmagorie de nuances et de couleurs récifales, je n'arrive pas à oublier ton visage et ce regard que tu posais sur moi.
Je donne mes mots aux vents et je me perds un peu plus chaque jour dans cette ville de Venise.
Je ne vais pas rester car j'ai l'impression de retrouver dans ces randonnées de reliefs ruiniformes d'où jaillissent jardins et canaux enlacés tous moments de bonheur partagés.
Pourquoi ai-j l'impression qu'il y a si longtemps ?
Je me suis assise au bord du grand canal et j'ai glissé mes pieds dans l'eau.
Je frissonne. J'ai un peu froid.
Il a beaucoup plu ces jours derniers et les sirènes d'acqua alta m'ont encore réveillé cette nuit.
J'ai entendu dire qu'on allait peut-être les remplacer par de la musique classique.
Tu imagines, la chevauchée des Walkyries pour les marées exceptionnelles.
Je ne sais pourquoi je t'écris tout cela alors que la seule chose que je voudrais te dire est que tu me manques.
Quand comprendras-tu que les lumières de la ville ne me font plus rêver et que j'aspire de nouveau au retour de la nuit noire ?
Quand comprendras-tu que je ne souhaite plus que soit une raison de toute chose.
Et pourtant par exemple, je ne sais pourquoi on ne remet jamais en cause la notion d'âge et que l'on considère seulement qu'elle n'est porteuse d'un certain nombre d'attributs.
Sur ton visage, cette carte que le temps a sillonnée où je retrouve ces chemins que nous avons aimé toi et moi et qui courent encore vers notre cité d'autrefois.
Le temps qui passe…
Et la carte postale dans la boite aux lettres.
Quand tu la liras, je serai déjà loin.
.
Je n'arrive pas à faire mes bagages.
Mes robes s'entassent sur mon lit. Chacune d'elles ravivent ce plaisir "carnaval" à me complaire en ma propre beauté et de tous ces admirateurs honteux et rebutés à l'aube. Comme une cendrillon des bals costumés laissant comme seul indice le masque qui m'a offert un passe pour ces nuits défendues où j'ai joué l'être volage en ses désirs au visage intact.
C'était tellement agréable !
Je m'allonge au milieu de ces tissus brodés de fil d'or et d'argent et je ferme les yeux. Un homme est tout près. Son masque recouvre totalement son visage. Je ne vois que son regard qui s'attarde sur moi, intense. Une douce chaleur m'envahit. Je pose ma main gantée dans la sienne. Il m'attire doucement vers lui, glisse son bras droit autour de ma taille et m'entraîne au milieu de la grande salle du château au pas d'un concerto de Monteverdi. La cadence se fait plus rapide. Je suis prise dans un tourbillon de couleurs et de lumières.
J'ai la tête qui tourne et je ris à gorge déployée.
La caresse chaude d'une main légère sur mes épaules dénudée me fait sursauter.
Le bal est terminé. Je suis de nouveau dans ma chambre, seule.
Pourtant, je sens encore une présence près de moi.
Sa présence. Il se rapproche …
Je me lève et me dirige vers les clameurs de la vie qui se font plus intenses dans la bouche de mon balcon.
Le soleil est au zénith. C'est une de ces journées claires qui vous met le cœur en joie.
Le mien bat très fort.
Je ferme la fenêtre. La pièce semble se rétrécir et le silence qui y règne m'angoisse un peu. Il faut que je sorte.
Pourquoi ne pas aller déjeuner dans un petit restaurant du quartier San Marco, histoire de me changer les idées.
Je passe un jean et un vieux chandail. Le miroir dans l'entrée me confirme un chignon rebelle. Qu'importe, aujourd'hui je ne suis pas belle.
Je referme doucement la porte de mon appartement. Je ne veux pas déranger le silence de la cage d'escalier. C'est une vielle dame qui a mauvais caractère et qui n'aime pas les gens pressés dans ses escaliers.
Je ne lis plus depuis un moment. Cela me demandait un effort de concentration de plus en plus intense. Je regarde par le hublot de l’avion. Je vois le ciel bleu, et la chaîne des Alpes au sol avec tous ses sommets bien blanc.
Peu à peu mon esprit commence à se déconnecter de la réalité. Quelques nuages commencent à prendre forme. Un grand nuage se divise en deux et se rapproche d'un troisième plus petit. L’un des nuages ressemble à une image christique, un visage doux, une barbe, des cheveux longs. Les mains sont jointes comme en prière.
Devant lui apparaissent des formes monstrueuses, des espèces de démons, des diablotins qui s’enlaidissent davantage en s’approchant de la forme christique.
Un enfant pleure depuis un petit moment, et il parait impossible de le faire taire. Plusieurs personnes se sont déplacées vers l’arrière de l’avion pour s’éloigner de l’enfant. Je ne voulais pas changer de place par sympathie pour la mère qui semblait désemparée devant les pleurs et les cris de l’enfant. Mais là, j’avais envie de me replonger dans le dernier livre que je venais d’acheter à l’aéroport. C’était le dernier livre de Paolo Coelho « La solitude du vainqueur ».
Tout un programme ! Peut-être l’histoire de ma vie, mais je n’étais pas sûr d’être le vainqueur. C’est Laurence peut-être qui a gagné. Elle a dû rencontrer celui qu’elle cherchait. Moi, en mieux.
Je m’assieds vers l’arrière de l’avion, il y avait encore quelques places de libre. Je me retrouve assis face à un vieux beau. A ses côté, une jolie femme avait déposé un énorme livre sur ses genoux et regardait droit devant elle. Une fois bien installé, je sors mon livre et je l'ouvre au hasard. Je lis "Il ne sait pas qui ouvrira l'enveloppe, et cela ne l'intéresse pas : ce n'est pas lui qui choisit, mais l'Ange de la mort."
Le vieux beau s'adresse à la jeune femme tout en me fixant de son regard comme s’il souhaitait m’inclure dans la conversation.
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